Chère Lucille,
Comment oublier ?
Je pense que jamais je n'y arriverai.
D'abord, tu me manques. Tu me manques comme tu n'as pas idée. C'est plus qu'une envie.
Un besoin. Qui chaque jour se fait plus pressant.
Le problème, Lulu, c'est que j'ai toujours crue, enfant emplie de candeur et de naïveté que j'étais, que tu allais revenir. Que tout ce ci n'était qu'un au revoir, qu'un cauchemar. Une nuit agitée.
Eh bien, elle dure ma nuit, depuis que j'ai compris que tu étais partie.
Au début, j'était en colère. C'est vrai, tu avais failli à ta promesse... Mon coeur d'enfant se sentait trahi, alors que j'étais là à pleurer sur tes cendres. En fait, je ne me rapelle pas avoir pleuré. Je ne me rapelle que ton enterrement, à côté des cendres de Robert. À ton décès, j'ai demandé à mon père "Mais qui est-ce qui va nous aimer maintenant ?" parlant de moi et ma soeur. Ces mots prennent aujourd'hui tout leur sens Lulu, tu comprends ? Tu m'entends Lulu ? Il y a tant de choses que tu aurais pu m'apprendre. Tu aurais pu me dire combien le monde est froid et cruel et combien l'homme est haineux et imparfait. Tu aurais pu me dire que la beauté réside dans les contrastes, que le bonheur se ramasse tranquillement, qui est éparpillé en une infinitée de particules qu'il faut accumuler méticuleusement, qu'il est possible d'être heureux, que l'amour fait mal, que plus on est haut, plus la chute fait mal, qu'il est possible de guérir d'une peine immense, que les larmes soulagent, même versées sans raison, que les hommes sont tous pareils, que les hommes sont tous des salauds, que nous ne pourrons jamais nous passer des hommes, qu'il existera toujours quelqu'un pour nous rendre le sourire, que les choses ne sont jamais données gratuitement, que les gestes désintéresséssont les seuls que l'ont doit retenir, que les épreuves nous rendent plus forts et enfin que la mort ne sépare pas les gens qui s'aiment. Je t'ai souvent implorée de me donner un signe. Un signe qu'il existe une vie dans l'au-dela. Maintenant, je m'en fous. Je n'ai pas peur de la mort.
J'ai un peu hâte de mourir. J'ai hâte de te rejoindre Lulu.
Lulu, je t'aime et je réalise aujourd'hui combien j'étais stupide.
J'étais une enfant certes, mais sache que tu m'as influencée, tu a été un personnage mystique et déterminant dans qui je suis.
Reviens Lucille,
t'as pris mon enfance avec toi.
J'ai jamais autant pleuré quelqu'un.
Tu aurais dû vivre plus longtemps Lulu, j'aurais pu t'aimer tellement plus.